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jeudi 17 novembre 2011

[Avis] Bludzee de Trondheim aux éditions Delcourt

Bludzee est un petit chat noir qui s'ennuie, seul dans un appartement. Son maître n'a pas réapparu depuis un bon moment, et le chaton regarde sa réserve de croquettes diminuer inexorablement. Pour passer le temps, il explore l'appartement, chasse les mouches, chatte sur Facebook... Mais lorsque son stock de nourriture tombe à zéro, il doit partir à l'aventure, en dehors de l'appartement. C'est là qu'il va apprendre de fil en aiguille que son maître est un tueur à gage, qui l'a enlevé à sa mère pour ses griffes d'une longueur sans commune mesure. En effet, il forme les chatons à devenir des véritables armes meurtrières, et Bludzee est gâté par la nature avec ses griffes qui tiennent plus de Wolverine que de Garfield. Désormais libre, le chaton veut échapper à son destin de tueur, et retrouver sa mère. Au cours de cette grande aventure, il va croiser le chemin de créatures hautes en couleur, grâce auxquelles il va découvrir que dans la vraie vie, c'est chacun pour soi...

(c) Trondheim - Delcourt
Me revoilà donc en train de chroniquer un album de Trondheim. On  va croire que je fais une fixette sur lui, ce qui je l'avoue, est un peu le cas. Je suis rarement déçu par ses oeuvres, donc tant que je gagne, je joue. Bludzee ne fera pas exception, j'ai tout simplement adoré. C'est purement le genre de BD dont on peut lire quelques strips à la volée quant on a un moment de libre. On est certain de se marrer, ou au pire, de sourire.

Pas évident ceci dit de le résumer, tellement cet ouvrage regorge d'inventivité. C'est un mélange assez détonnant d'humour absurde, de dessins mignons, et de séquences gores (j'ai parfois pensé à Happy Tree Friends pour le côté "mort stupide" de certains assassinats).

(c) Trondheim - Delcourt
Cela est certainement dû à sa genèse, un peu particulière. Bludzee est en fait à la base un projet de Trondheim qui consistait à faire paraître un strip de six cases tous les jours pendant un an, via une application pour smartphone. Du coup, on sent l'histoire évoluer au fil des jours, partant dans une direction, puis dans une autre, toujours avec une trame conductrice, mais visiblement au gré des envies de son géniteur, pour le plus grand bien des lecteurs. Jamais on ne s'ennuie, on se marre à chaque strip, et Trondheim réussit le véritable tour de force de nous livrer quand même une histoire qui tient très bien la route, avec 365 gags ! Très fort. Du coup, à 25€ l'album (ce qui peut paraître cher de prime abord), on en a vraiment pour son argent, car c'est assez long à lire et on passe un super moment. Les gags sont très bien sentis, et d'ailleurs ils transparaissent vraiment que Lewis Trondheim s'y connait en comportement félin. J'ai parfois cru qu'il s'était inspiré de mon chat pour les gags, mais je crois que surtout que tous les chats font le même genre de conneries, et ceux de Mr Trondheim probablement aussi...

Une petite bande-annonce:


J'ai cru comprendre qu'un projet d'animation a été envisagé un temps (peut-être l'est-il toujours d'ailleurs), et c'est vrai qu'on se surprend à penser que Bludzee correspondrait tout à fait au héros d'un format court. Au final, c'est Markus, un congénère chat-assassin qui a les honneurs. Un bon choix car c'est un des personnages les plus croustillants que croise Bludzee.

Voici le pilote réalisé à l'époque pour démarcher les producteurs (pour ma part, je trouve la BD plus drôle que ce dessin animé, mais l'esprit y est):



Note finale:
Un incontournable de Trondheim, qui plaira à tous les publics (bon ok, ce n'est pas pour les gamins), y compris à ceux qui ne sont pas forcément pas fans de l'auteur. Un moment de franche rigolade. On en redemande !

mercredi 5 octobre 2011

[Avis] Ralph Azham T.2 "La Mort Au Début du Chemin" de Trondheim aux éditions Dupuis

Ayant beaucoup aimé le premier tome de Ralph Azham, (et le travail de Lewis Trondheim, dans sa quasi-globalité), j'attendais avec impatience la sortie du second.

J'ai été assez surpris par cette suite. Partagé, ajouterai-je. Attention, pas partagé par le résultat, car au final, j'ai quand même aimé cet album. Mais j'ai ressenti quelques gènes à sa lecture, concernant le rythme auquel les situations s'enchaînent. Je me suis demandé quelles étaient les intentions réelles du sieur Trondheim qui, on le sait, n'aime jamais aller là où on l'attend... Je vais revenir là-dessus un peu plus loin...

Pour ce nouvel opus, nous retrouvons donc Ralph et Raoul, en route pour Astolia, la cité où l'on rassemble les "bleuis"  (des enfants qui ont un super pouvoir, parfois bien nase :D). C'est là qu'on doit les présenter à l'Oracle, qui "vérifiera" si parmi eux se trouve l'Elu, celui qui mettra un terme à la terreur de Vom Syrus. Sur leur chemin, nos deux compères font une pause dans une garnison du royaume. C'est là qu'ils rencontrent de nouveaux enfants aux dons les plus farfelus les uns que les autres (genre celui qui ne dort jamais, celui qui entend de très loin). Eux aussi sont en transit pour Astolia. Il tombent notamment sur Yassou, sorte de mini Amiral Ackar bleu, très bavard, très sûr de lui. Cela donne d'ailleurs lieu à de croustillants dialogues (LA révélation de l'album :D). Tout ce petit monde repart ensemble le lendemain pour Bélista. C'est dans cette cité,  dernière étape avant Astolia, qu'ils doivent se présenter au Superintendant, qui est chargé de trier quels enfants auront l'honneur d'être amenés devant l'Oracle. La nuit suivante, alors que tout le monde se repose en attendant d'être sélectionné, une ombre noire s'introduit dans les dortoirs, et s'attaque sans quartier à tous les enfants ! L'hospitalité des lieux semble pour le moins particulière ! Dans le sauve-qui-peut général, Ralph perd de nombreux amis, et s'échappe du château...

(c) Dupuis - Trondheim
N'en racontons pas plus pour ne pas gâcher quelques bonnes surprises ;)...

Dans ce second tome, les évènements prennent une tournure beaucoup plus sombre. Lewis Trondheim prend le lecteur à contre-pied, et paraît même prendre un malin plaisir à détruire tout ce qu'il a mis en place dans l'album précédent. On a parfois la sensation qu'il casse son nouveau jouet, comme pour nous narguer d'un "Ah je vous ai eus". Il se débarrasse de personnages clés en quelques cases, les combats et les scènes d'actions s'enchaînent, les têtes volent, les toits des châteaux aussi. Au final, des décombres semble naître un nouveau départ pour la série (déjà !). Ça y est, les choses sérieuses commencent !

(c) Dupuis - Trondheim
Je vous rassure, au milieu de tout ça, on retrouve les éléments clés du succès du premier: l'humour décalé, le détournement des codes de la fantasy (pouvoirs ringards, objets magiques en apparrence inutiles, etc). Et puis on se demande même jusqu'où Trondheim ira: il ose nous zigouiller des gamins, ou encore utiliser un bébé comme appât. Je me suis par moment interrogé si tout cela n'était pas fait exprès pour aller à l'encontre de l'esprit "bon enfant" du journal de Spirou, dans lequel, rappelons-le, cette série est pré-publiée... Mais je vois peut-être le mal et la subversivité partout. 

On peut peut-être aussi voir toutes ces morts violentes d'enfants, au nom d'un rituel de sélection, avec un oeil plus critique, et chercher un sens à tout cela. N'y-a-t-il pas tentative de nous livrer une parabole sur la fin de l'enfance, la perte de l'innocence, le passage à l'âge adulte ? Beaucoup de détails s'y rapportent, si on réfléchit bien. Les enfants qui doivent passer une sorte "d'examen" final; ceux qui sont vieillis prématurément de la main d'un adulte; cette sélection pour chercher une élite...  Sans trop tomber dans la sur-interprétation, on peut déceler qu'il a un thème récurrent...

(c) Dupuis - Trondheim
En tout cas, à l'image de son créateur sur cette série, Ralph est sans concession, et ne s'embarrasse (presque) pas avec les sentiments. Trondheim continue également d'entretenir un mystère autour du pouvoir caché de son (anti)héros, qui a la faculté de rallier à ses côtés les âmes des morts, le sortant parfois de certaines situations périlleuses. Il nous garde un biscuit sous le coude pour le tome 3 ;).

(c) Dupuis - Trondheim
Côté technique, j'ai trouvé l'album un chouilla en dessous du précédent par endroit, mais j'adore toujours autant l'univers dans lequel évolue notre pleutre canard. Et surtout, la mise en couleur est une fois encore excellente. Certains décors sont franchement réussis, et le bestiaire n'est pas en reste non plus.

Cette suite fourmille donc d'inventivité, mais elle peut parfois être déroutante. Le déroulement des évènements est probablement trop rapide par moment, mais du coup, jamais vous ne vous ennuierez. Tous ces savants artifices employés par l'auteur plongent le lecteur dans un univers où tout peut arriver, où des personnages importants sont dégagés de l'histoire sans ménage, mais aussi où un nouveau méchant intrigant et puissant fait son apparition.

Bien que Lewis Trondheim ait annoncé avoir terminé les 50 planches suivantes constituant le tome 3, il faudra attendre jusqu'en avril 2012 pour connaître la suite, et savoir si oui ou non l'auteur savait déjà où il allait dès le départ (ce second tome jette par moment le doute). Mais si vous êtes impatients, il vous reste les pages pré-oubliées dans le Journal de Spirou.

Note finale: 
Un second opus parfois confus, mais sans temps mort, qui recèle quelques surprises. L'univers de Ralph Azham s'étoffe, et le tome 3 sera certainement décisif pour savoir jusqu'où Lewis Trondheim compte nous emmener.


samedi 3 septembre 2011

[Avis] Omni-Visibilis de Trondheim & Bonhomme aux éditions Dupuis

J'ai choisi de revenir sur un titre sorti il y a un an, et qui vaut réellement le détour. De plus, c'est un one-shot, donc pas de tirage à la ligne !

Le geek / nerd est un personnage de plus en plus répandu. Il est en passe d'être vraiment intégré dans la société (un comble). Pour preuve, il est de plus en plus représenté dans les médias, et de moins en moins comme bête de curiosité.

Pas étonnant étonnant donc que Lewis Trondheim et Mathieu Bonhomme aient choisi d'en mettre un en scène dans Omni-Visibilis.

Quoi de plus cool pour un geek que d'avoir un super pouvoir ? C'est ce qu'on pourrait penser, mais Hervé (le petit nom de notre super héros d'un jour) va vite comprendre qu'un super pouvoir, c'est plein de responsabilités (comme le dirait Stan Lee "with great power comes great responsibility"). Surtout quand on doit le subir plutôt que le maîtriser.

Hervé, donc, archétype du gars que ses collègues doivent prendre pour un naze parce qu'il s'intéresse à autre chose que la une de Voici ou qu'il n'a rien à raconter au café le matin sur l'épisode de Joséphine Ange Gardien diffusé la veille, va voir sa vie chamboulée.

Un beau matin, il se réveille victime d'un étrange phénomène: les gens (le monde entier) voient à travers ses yeux, entendent à travers ses oreilles et sentent à travers son nez !

A partir de ce postulat, Lewis Trondheim réussit à nous livrer un récit haletant, emprunt de paranoïa, d'humour, d'action, et même de séquences cocasses. Ici, le pouvoir et ses défauts sont exploités au maximum au profit d'un scénario vraiment excellent. Pas de temps mort, c'est mené tambour battant, et intelligemment.

Quand en plus une bonne histoire est servie par un dessin exemplaire, que demander de plus ? Rien.

Une BD qu'on entame et qu'on finit dans la foulée, sans avoir le sentiment qu'il y manque quelque chose, et qui aurait fait un bon scénario pour un épisode de Twilight Zone...

Note finale:
Un "roman graphique" réussi, qui exploite à fond son idée de départ, au rythme effréné, qui se lit d'une traite. Et en plus, ça vous fera rire ! Foncez !

samedi 19 mars 2011

[Avis] Ralph Azham T.1 “Est-ce qu’on ment aux gens qu’on aime ?” de Trondheim aux éditions Dupuis

Récente (nouvelle) incursion de Trondheim dans l’heroic-fantasy, ce premier volume nous présente Ralph Azham, paria du village.
A la base prédestiné pour en être l’Elu, mais finalement recalé par l’Oracle, il est peu à peu devenu à la fois persona non grata, et tête de turc des villageois qui l’ont pris en grippe. Son pouvoir (bidon) n’y arrange rien: il peut définir le nombre de naissance à venir pour un couple o_O’.

Bien entendu, vous vous en doutez déjà, il s’agit du postulat de départ, et forcément, on ne va pas se contenter de ça (sinon la BD fait 5 pages).

En effet, dans ce même village, la menace gronde, l’ennemi approche: La Horde (ouh, tremblez !) est en marche. Il faut se préparer au pire.

Et si notre cher Ralph pouvait -finalement - s’avérer être plus utile qu’on ne le croyait ? (non, sans déc’ !)

Beaucoup de gens présentent cette nouvelle série comme étant “l’autre Donjon” de Trondheim. J’avoue ne pas saisir la comparaison. Oui ok, c’est aussi de l’heroïc-fantasy teintée d’humour, mais cela s’arrête là.


Pour le reste, c’est plus sérieux, l’histoire est mieux construite, il y a plus de fond (la relation père-fils), cela peut paraître moins fun (au premier abord, mais on finit par cerner l’humour du héros et il parvient à nous décrocher plus de sourires à mesure que l’histoire avance). On sent que dans cette série, Trondheim sait où il va avec son histoire, et c’est pourquoi cet album est bien rythmé.

J’ai donc fortement envie de vous le recommander, si vous aimez qu’on joue avec les codes de l’héroïc fantasy (ok ça aussi c’est un point commun avec Donjon). Et cerise sur le gâteau, le style de Trondheim est vraiment au top, certainement sublimé par la mise en couleur de sa femme, qui apporte un éclairage nouveau à son style, et contribue à créer le monde dans lequel notre héros évolue.

Cet opus se termine de plus sur un bon cliffhanger, et on attend maintenant avec impatience le mois de septembre 2011, si tout va bien (sinon, on achète Spirou, et on y lit la prépublication).

Une petite bande-annonce:



Pour en savoir plus: